Partir des registres officiels
Chaque fiche commence par les documents que n'importe qui peut obtenir. Le registre du commerce donne la raison sociale, le siège, le but statutaire, les personnes inscrites au conseil d'administration et à la direction, ainsi que les changements successifs. Nous remontons l'historique complet des inscriptions et non la seule situation actuelle, car c'est souvent dans les modifications que se lit l'évolution d'une société: changement de siège, de forme juridique, de signataires.
La Feuille officielle suisse du commerce complète ce premier tableau. Elle permet de dater précisément chaque mutation et de la citer. Nous conservons une copie de chaque extrait consulté, avec la date de consultation, pour pouvoir répondre à toute question sur l'origine d'une information. Rien n'entre dans une fiche sans une pièce que la rédaction peut montrer à un collègue.
- Extraits du registre du commerce, historique inclus
- Publications officielles datées
- Copie archivée de chaque pièce consultée
Lire les comptes et les rapports de gestion
Lorsqu'une société publie ses comptes ou un rapport de gestion, nous le lisons en entier, notes en bas de page comprises. Les annexes contiennent souvent ce que le texte principal ne dit pas: engagements hors bilan, transactions avec des parties liées, changements de méthode comptable, honoraires de l'organe de révision. Thomas Gaillard, qui suit la gouvernance, tient un tableur par dossier où chaque chiffre est relié à sa page d'origine.
Nous ne tirons aucune conclusion d'un chiffre isolé. Un résultat en baisse peut s'expliquer par un investissement, une provision ou un simple décalage d'exercice. La fiche présente donc les données telles qu'elles sont publiées, sur plusieurs années, et renvoie à la source pour que la lectrice ou le lecteur puisse vérifier par lui-même.
Cartographier l'actionnariat et les liens
L'actionnariat est la partie la plus délicate. Quand les données sont publiques, par exemple pour les sociétés cotées ou les publications de participations, nous les reportons telles quelles. Quand une chaîne de détention passe par plusieurs sociétés, nous la dessinons à la main, étape par étape, en indiquant pour chaque maillon le document qui l'atteste. Un lien non documenté ne figure pas sur le schéma.
Nous relevons aussi les mandats croisés: une personne siégeant dans plusieurs conseils, une société partageant une adresse ou des administrateurs avec une autre. Ces recoupements ne prouvent rien en eux-mêmes. Ils sont signalés comme des constats, séparés de toute analyse, afin que la fiche reste un outil de référence et non une insinuation.
- Chaînes de détention reconstituées pièce par pièce
- Mandats croisés indiqués comme simples constats
Séparer faits, analyses et allégations
Dans chaque fiche, les éléments vérifiés sont présentés comme tels, avec leur source. Si nous ajoutons une lecture, elle est clairement étiquetée comme analyse de la rédaction. Une affirmation qui n'est étayée que par un témoignage ou un document que nous n'avons pas pu authentifier est qualifiée d'allégation, attribuée à son auteur, et nous précisons ce que nous avons fait pour la vérifier.
Cette discipline protège les lecteurs, mais aussi les entreprises décrites. Avant de publier un élément sensible, nous soumettons les faits à la société concernée et lui laissons un délai raisonnable pour répondre. Sa réponse, ou son silence, est mentionnée dans la fiche. Camille Rochat relit chaque version et peut exiger un retour à la source.
Relecture à deux et mise à jour
Aucune fiche n'est publiée sans une seconde lecture par une personne qui n'a pas rédigé le texte. Cette relecture porte sur les faits: elle reprend les pièces citées et contrôle que chaque phrase tient avec elles. Pour les fiches en français et en allemand, la version traduite est relue par la journaliste alémanique, Lea Zürcher, afin que les nuances juridiques ne se perdent pas d'une langue à l'autre.
Une fiche est un document vivant. Lorsqu'un nouvel extrait, un rapport ou une décision officielle modifie la situation, nous la mettons à jour et signalons la date de la correction. Si une erreur nous est signalée, elle est corrigée de façon visible, sans modification discrète du texte.
- Seconde lecture centrée sur les pièces citées
- Relecture croisée entre les deux langues
- Corrections datées et visibles
Ce que la fiche ne prétend pas faire
Une fiche d'entreprise n'est ni un jugement ni un verdict. Elle rassemble des informations documentées, les ordonne et indique d'où elles viennent. Elle ne remplace pas une enquête, et ce qui n'est pas établi y reste volontairement absent, même lorsque la tentation de combler un vide serait grande.
Pour les lectrices et lecteurs, l'intérêt est pratique: savoir qui dirige, qui détient, ce qui a changé et où le vérifier. Si vous constatez une inexactitude ou disposez d'un document complémentaire, la page de transmission sécurisée permet de nous le faire parvenir, avec la protection des sources que nous garantissons.
Une bonne fiche d'entreprise tient à peu de choses: des pièces officielles lues en entier, des liens reconstitués sans raccourci, une frontière nette entre ce qui est établi et ce qui ne l'est pas, et une relecture exigeante. Ces habitudes demandent du temps, mais elles permettent de citer chaque ligne et de corriger sans détour lorsque l'on se trompe.